Halloween
Trick or Treat ?

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, l’hiver a été une lutte existentielle pour tous, et la fin du mois d’octobre dans l’hémisphère nord était une saison marquée par la mort. Les jours raccourcissent rapidement, les récoltes sont rentrées, les vignes et les champs sont mis en jachère, et les animaux sont abattus. Jusqu’à très récemment, on ne trouvait pas de produits frais ni de viandes surgelées tout au long de l’hiver dans les supermarchés. Et toute espèce aussi préoccupée par la mortalité que l’homme mettra naturellement en place des rituels autour des semaines de l’année les plus marquées par la mort.

À l’origine, le 13 mai avait été désigné par l’Église comme la Toussaint, également connue sous le nom d’All Hallows’ Day. Cette date fut ensuite déplacée au 1er novembre sous le pontificat du pape Grégoire, et la saison automnale de la décomposition devint le nouveau moment approprié pour honorer les morts. La nuit précédant le Jour de la Toussaint fut alors appelée « All Hallows’ Eve », qui devint plus tard « Halloween ».

La tradition du « trick or treat » trouve ses racines dans deux coutumes européennes : le « guising » et le « souling ».

Le « souling » était une coutume apparue au Moyen Âge pour célébrer la Toussaint et le Jour des Morts. Les pauvres allaient de maison en maison et offraient des prières pour leurs proches décédés. En échange, les habitants leur offraient de petits pains plats ronds appelés « soul cakes » (gâteaux des âmes), et chaque « soul cake » mangé représentait une âme libérée du purgatoire.

Le « guising » s’inscrivait dans une tradition celtique issue de leur folklore, selon laquelle des esprits d’un autre monde, appelés les « Aos Sí », parcouraient la terre la veille de la Toussaint, lorsque le voile entre les mondes est le plus mince, phénomène connu en astrologie sous le nom de « Pléiades ».

Les parents déguisaient leurs enfants en ces esprits effrayants afin qu’ils se fondent dans la foule et ne subissent aucun mal. Pour recevoir des fruits, des noix ou des pièces de monnaie de la part de la communauté, les « guisers » devaient chanter une chanson, réciter un poème ou raconter une blague.

Avec l’immigration massive d’Irlandais et d’Écossais vers l’Amérique, la tradition du « guising » s’est implantée, mais les règles de l’Ancien Monde, qui imposaient de présenter un numéro, ont commencé à s’effriter. Les jeunes migrants se sont davantage tournés vers les espiègleries et les farces. Dans les années 1920, Halloween aux États-Unis était en train de devenir un problème de société. Les jeunes renversaient les toilettes extérieures, bloquaient les routes et agressaient les gens. Ils mettaient le feu à des immeubles, à des trains et même, à un moment donné, à un réservoir de plus de 2000 litres d’essence. On tirait à l’arme à feu sans discernement et des gens étaient tués. Halloween était désormais connu dans toute l’Amérique comme une nuit de terreur.


La solution fut un simple chantage : « Si nous vous donnons de la nourriture et des bonbons, promettez-vous de ne pas détruire nos biens ? ». L’expression « trick or treat » (des bonbons ou un sort) est née comme un ultimatum ludique de chantage utilisé par les enfants : « Donnez-nous un bonbon, ou vous en paierez le prix ! » Cette pratique a fonctionné, mais a été interrompue pendant la Seconde Guerre mondiale en raison du rationnement du sucre. Une fois la guerre terminée et le baby-boom amorcé, Halloween a été transformé en une fête commerciale de grande envergure.

En fait, dès les années 1930 à Détroit, dans le Michigan, la veille d’Halloween, le 30 octobre, était appelée « Mischief Night » (la nuit des farces) ou « Devil’s Night » (la nuit du diable). Cela commençait par des farces classiques comme enduire les vitres de savon, mais dans les années 1970, cela s’était transformé en une tradition très sinistre d’incendies criminels.

Chaque année, des vandales mettaient le feu à des bâtiments abandonnés, des bennes à ordures et des voitures. Ces actes de vandalisme atteignirent leur paroxysme en 1984, avec plus de 800 incendies allumés en l’espace de trois nuits, qui ont teinté le ciel d’orange. La ville a riposté en instaurant des couvre-feux et en mettant en place de petites patrouilles tout au long de la fin des années 80. En 1995, elle a mobilisé entre quarante et cinquante mille bénévoles du quartier pour patrouiller dans les rues le 30 octobre à la recherche de pyromanes, et cette nuit a été rebaptisée « Angels’ Night » (la Nuit des Anges).

Au cours des années 1970, une fête de rue costumée organisée par des étudiants près du campus de l’université du Wisconsin-Madison s’est transformée en un véritable monstre connu sous le nom de « State Street Halloween Party ». Au début des années 2000, elle attirait plus de cent mille fêtards, dont beaucoup venaient d’autres États dans le but exprès de semer le chaos et de détruire des biens: chaque année, des vitrines étaient brisées, des panneaux de signalisation arrachés et des râteliers à vélos déracinés. En 2005, les émeutiers narguaient ouvertement les forces de l’ordre, qui réagissaient en lançant d’énormes quantités de gaz lacrymogène et en procédant à des centaines d’arrestations chaque année. En 2006, la ville a fermé l’accès à State Street, instauré un droit d’entrée et rebaptisé l’événement « Freak-Fest », un festival de musique payant ...

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